Quand le vêtement fait scandale

Où s’arrête notre liberté vestimentaire ? C’est la question que l’on se pose en pénétrant dans le musée des Arts décoratifs de Paris.

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De la robe à la française à la mini-jupe, de la robe empire au smoking féminin, de la culotte à la rhingrave au blue jean, l’exposition “Tenue Correcte” exigée revisite les scandales vestimentaires du XIVe siècle à nos jours.

Des siècles, des décennies, des années les séparent, et pourtant ces pièces qui occupent nos dressings font écho aux infractions faites à la norme vestimentaire.

Codes et valeurs morales proscrits, ces tenues ont marqué un véritable tournant dans l’histoire de la mode, mais surtout dans la société occidentale.

Trop courts, trop longs, trop transparents, trop originaux… Les créateurs explorent les interdits et manifestent avec assurance leur liberté d’expression.

Constance Guisset, scénographe de l’exposition met en exergue trois points fondamentaux : « le vêtement et la règle », « fille ou garçon » et « trop c’est trop ». Trois thématiques qui questionnent les valeurs morales liées à chaque époque.

Paul Yonnet le dit : « l’homme libre n’est jamais nu ». L’être humain est une espèce pudique, un sentiment qui donnera plus tard naissance à la mode.

Idéologie politique, statut social, le vêtement exprime une certaine richesse matérielle. La mode est un discours muet pour informer les autres de qui l’on est. Des banlieues aux podiums, de la haute couture à la culture street, il détermine l’image que l’on renvoie, pouvant être signe de rébellion, ou, au contraire, de soumission. A l’instar de Jeanne d’Arc, condamnée pour avoir porté la tenue masculine.

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« Soyez original ou mourez ! », « Personne n’est jeune après quarante ans, mais on peut être irrésistible à tout âge ». Voici quelques citations de créateurs que vous trouverez au deuxième étage, après avoir gravi les escaliers décorés à l’origine,  d’expressions liées aux vêtements.

Nous avons débuté l’exposition par les défilés chocs. De Thierry Mugler à Jean Paul Gaultier, en passant par Rei Kawakubo, les créations exposées sont somptueuses et chargées d’histoire. Mon coup de cœur a été pour la robe de Thierry Mugler, de quoi vous donner des étoiles plein les yeux. S’en suit une vitrine exposant la « mode sauvage », garnie de fourrures et d’imprimés divers et variés.

Trop c’est trop. Par le respect de l’identité sexuelle, des codes et des visuels établis, l’idée d’excès est souvent mal vue dans la mode, puisque ce renouvellement constant des formes et des matières dérange. On le découvre avec les jupes d’hommes de Jean Paul Gaultier et le smoking féminin d’Yves Saint Laurent, quelques pas plus loin. Un contraste que j’ai beaucoup apprécié.

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Quelques extraits de films comme  « Le Diable s’habille en Prada », « Marie-Antoinette » ou encore « Amadeus », sont à découvrir au premier étage. Des scènes cultes que j’ai trouvées diversifiées et pertinentes, avec une seule et unique thématique : les scandales liés aux vêtements.

Cette exposition, qui remet en question la puissance sémantique des vêtements, nous questionne sur la liberté, le plaisir et la créativité. A l’heure où la nudité demeure l’unique tabou du 21 ème siècle.