L’hôtel de vente Drouot

Un lieu mythique, une ambiance unique et éclectique, trois adjectifs qui définissent l’un des plus hauts lieux de la culture française : l’hôtel de vente Drouot.

C’est en 1850 que la Compagnie des Commissaires-Priseurs achète à la Ville de Paris le terrain où siégeait autrefois l’Hôtel Pinon de Quincy.

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Du mobilier du palace parisien Le Royal Monceau, aux ateliers de Delacroix et Ingres, en passant par la bibliothèque de Pierre Bergé, l’hôtel Drouot est une plaque tournante du marché de l’art français.

16 salles de vente et d’expositions dans lesquelles se bousculent chaque jour plus de 5 000 personnes, soit autant qu’au musée d’Orsay !

Emotions, découvertes et mystères, percez les secrets du marché de l’art français en flânant devant les vitrines et en décelant le mécanisme des enchères.

Si l’image intimide, ce véritable musée est ouvert à tous. A la fois vide grenier et galerie d’art, tout y passe : l’antique, le moderne, le kitsch, le sublime…

Les habitués aiment s’y rendre pour l’histoire qui se cache derrière chaque peinture, chaque meuble, chaque pièce, qu’ils fussent exceptionnels ou ordinaires. Leur but : déceler les chefs d’œuvres que les autres n’ont pas vus…

En vous y rendant, vous prendrez part à une véritable scène de théâtre avec ses personnages, le commissaire-priseur, le clerc et le crieur. Ses décors aussi, chaque objet étant présenté de manière à le rendre encore plus beau que nature. Sa langue encore, puisque le vocabulaire employé par le crieur est propre à celui de la vente aux enchères.

Néanmoins, cette scène de théâtre ne saurait être un succès sans le show des commissaires-priseurs. Persuasifs, ils donnent le rythme à la salle en l’amusant et en la faisant rire. Quatre heures d’adrénaline pour un homme chez qui le client viendra parce qu’il sait qu’il passera un moment agréable.

Marchands, escrocs, retraités désœuvrés, érudits, le mélange social qui se croise dans cet endroit est parfois étonnant.

Aujourd’hui dépassé par les maisons britanniques Sotheby’s et Christie’s, l’hôtel Drouot a su se renouveler en s’ouvrant à de nouveaux publics, grâce notamment à la vidéo, au street art et à la pop culture.

Jeudi dernier se tenait l’exposition de street art organisée par Crait + Müller. La veille de la vente aux enchères, chaque œuvre est mise en scène, donnant la possibilité aux intéressés de les observer de plus près, histoire de retenir chaque détail. L’entrée de l’établissement était investi par trois artistes se donnant en spectacle avec une performance live.

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Du portrait de Basquiat, au métro de Paris tagué en passant par le logo Chanel dégoulinant de peinture blanche, ces œuvres urbaines signifient parfois un mécontentement face à un fait de société : elles sont là pour faire passer un message percutant, puisqu’avant tout, le street art est la tribune libre des artistes contemporains.

J’ai particulièrement apprécié le travail de Louis Bottero, Lutetia Silvaticus, datant de 1989, une œvre réalisée à partir de couleurs primaires, envahie de visages et de corps que l’on ne décèle qu’après l’avoir longuement observée. J’aime beaucoup l’idée de secret que renferme ce tableau, on pourrait passer des heures devant, avant d’avoir trouvé chaque personnage, chaque objet, chaque signification qu’il contient.

Le tableau de Pierre Ziegler m’a aussi beaucoup intrigué. Intitulé BOOM, quelques mots épars  inscrits à l’envers ou retournés, nous font croire qu’il s’agit de la destruction d’un monde, d’une société peut être, nous laissant libre d’en faire notre propre interprétation.

Une véritable caverne d’Ali Baba, voilà ce qu’est l’hôtel Drouot, où l’on peut meubler sa maison pour moins cher qu’à Ikea, s’habiller de vêtements de haute couture de seconde main, et dénicher des œuvres d’art insoupçonnées…

A l’heure où la fast fashion engloutit le marché de la mode, où chaque meuble iconique est copié, où tout s’accélère, une seule question se pose à nous : Aimons-nous encore être entourés de belles choses ?